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Compte-rendu de lecture. Un homme effacé d’Alexandre Postel

Par Marie-Andrée Lamontagne

C’est l’histoire d’un engrenage. Damien North, prof de philo dans une université de province, veuf, petit-fils du célèbre historien Axel North, est un jour arrêté pour possession et usage de documents pornographiques sur son ordinateur qui font de lui un pédophile doublé d’un prédateur sexuel. Or il est innocent, le lecteur le saura bientôt, en voyant opérer le vrai coupable. Le propos du roman est donc de montrer comment les apparences, qui sont parfois trompeuses, dictent les jugements sur autrui et les comportements à adopter à son égard, dans diverses circonstances, entre ostracisme et compassion, réhabilitation et oubli, auto conviction et mensonges. La tache (Philip Roth) ou La vérité sur l’affaire Harry Quebert (Joël Dicker) : on sait que des romans, ces derniers temps, ont tiré parti d’une semblable prémisse, et d’emblée le rapprochement paraît inévitable, ce à quoi invite d’ailleurs le cadre délibérément flou de Un homme effacé (université de province pourvue d’un campus, est-on en France ou aux États-Unis?) Emportée par l’histoire, j’ai cependant vite balayé le souvenir de ces antécédents littéraires.

Un homme effacé d'Alexandre Postel

Un homme effacé d’Alexandre Postel

Un homme effacé est un roman habile et intelligent. Les clins d’œil à la raison raisonnante y sont nombreux, et ajoutent à l’ironie cruelle de l’affaire. Par exemple, Damien North est le président de l’Institut René-Descartes, au nom emblématique lorsqu’il s’agit de la raison et de la science. Pourtant, rien n’est moins rationnel dans la réaction des collègues ou des voisins, et pas davantage du côté de la justice ou dans les études de comportement menées par le projet Tirésias, en dépit des formes ou du protocole scientifique ici convoqués.

Un homme effacé met en scène le conformisme social et jusqu’où il peut conduire, en notre époque obsédée par la pédophilie (comme en témoigne, en France, la multiplication de fausses accusations sexuelles à la suite de l’affaire Dutroux en Belgique). Le Québec ne fait d’ailleurs guère mieux à ce chapitre. Époque obsédée aussi par la vérité et la transparence, y compris sur des périodes aussi «grises» que celle de l’Occupation, comme le montre la déchéance du grand-père historien dans le roman. Le fait que le personnage principal soit prof de philo est sans doute à l’origine des nombreuses échappées explicatives qui parsèment le roman. Le lecteur, qui lit à la mesure les carnets que Damien North rédige en prison (car il sera incarcéré pendant un temps),  a ainsi droit à des distinctions entre la trace et l’archive, à des souvenirs d’enfance teintés de sexualité (avec son frère ou avec le célèbre grand-père historien). Autant d’éléments  qui composent ces «scènes primordiales» dans l’auto-psychanalyse sauvage et forcée à laquelle le personnage principal se livre sous la pression des circonstances. Du coup, et même si mon intérêt n’a jamais faibli, je me défends mal contre l’impression que l’auteur cède à son penchant pour l’explication et la démonstration, tout en multipliant les sous-intrigues. Ce procédé dessert le récit. Un homme effacé est-il pour autant un roman à thèse? Si peu, et mon plaisir de lecture en a été à peine contrarié.

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