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Compte-rendu de lecture: Clinique de Martine Batanian

Par Marie-Andrée Lamontagne

Soline, jeune trentenaire, mariée et heureuse, veut avoir un enfant. Le couple n’y arrive pas, et tout l’amour de son mari, toute la sollicitude de sa famille, toutes les ressources offertes par divers traitements de fertilité ou toute la force des injonctions sociales n’y changent rien. Les fausses couches s’additionnent. Soline s’enfonce.

Clinique de Martine Batanian, éditions Marchands de feuilles

Clinique de Martine Batanian, éditions Marchands de feuilles

Ce qui commence comme un roman de mœurs, gentillet et bien tourné, se révèle peu à peu dans toute sa gravité. Que cache le désir d’enfant? Que veut-on transmettre à un enfant? Vers quels modèles sociaux pointent les remarques,  perfides ou bien intentionnées, de l’entourage ? Et que veut dire cette amertume, parfois, chez les femmes qui ont eu des enfants?

 
La réussite de ce court roman ne tient pas seulement aux questions qu’il soulève, aux sentiments qu’il révèle, à certaines scènes (dans la chambre du grand-père mourant, les enfants qui veulent filmer ses dernières paroles, soi-disant comme un legs) qui en disent long sur l’état de déliquescence de nos sociétés face à la mort. Sur le plan formel, il est tout aussi réussi. C’est peu à peu, à partir d’allusions ou de répliques, et en variant les points de vue, tout en gardant à Soline son rôle de pivot, que l’histoire est racontée, avec un art certain de l’ellipse, voire un goût pour le jeu (reproduction des courbes de température, phrase recopiée des dizaines de fois pour annoncer sa grossesse, etc.). Le lecteur prend alors la mesure de la détresse de Soline et de son mari, en même temps que de la complexité du désir – et pas seulement d’enfant. Désir d’aimer, de vivre à deux, désir de s’intégrer à la société québécoise et de transmettre une histoire (Soline et son mari sont d’origine arménienne), désir de vivre, d’entrer en résonance avec autrui ou le reste du monde.

 
Çà et là, des  bonheurs d’expression : «La vie passe sur notre corps comme un râteau sur le sol»; «Si on finit par remplacer tous les ormes, les frênes et les érables par des épinettes, comme on le fait dans certaines régions, dans quels bras pourrai-je me jeter?» Ils font presque oublier les anglicismes («tu es trop confortable là où tu es») ou maladresses («mettent en évidence leur hanche» – une seule hanche?!, et jusqu’à ce «verre d’eau froide» servi un jour de canicule), toutes erreurs qu’on aurait voulu ne pas devoir lire. Mais, bon, elles sont là, tant pis. Il reste un joli petit roman, à la fin parfaite qui dit avec justesse la complicité qui règne entre ceux qui s’aiment et le bonheur fragile. C’est beaucoup.

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